Interview alumni : Christel DUMAS, référente insertion

Après 25 ans dans l’événementiel, Christel DUMAS a choisi de changer de cap. Un virage professionnel guidé par l’envie d’accompagner, de transmettre et de s’engager. Aujourd’hui référente insertion au sein d’Autisme en Île-de-France, elle accompagne des adolescents dans leur orientation pré-professionnelle. Dans cette interview, elle nous parle de son parcours, de ses missions et de ses conseils pour les étudiants de l’INSEI.
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je m'appelle Christel DUMAS, j'ai 58 ans, et j'ai suivi le Master Conseiller en accessibilité et accompagnement des publics à besoins éducatifs particuliers en 2025. Cette reprise d’études était un grand défi pour moi, car j’étais éloignée du système scolaire depuis longtemps. Je n’étais jamais allée à l’université, donc il m'a fallu un certain temps pour m'adapter. J'ai fait cette formation dans le cadre de mon travail.
Quel a été votre parcours ?
Après 25 ans dans l'événementiel, j'ai fait une reconversion et je suis devenue éducatrice. J'ai d'abord été monitrice éducatrice, puis éducatrice spécialisée, avant d’assumer des fonctions de coordination. Ensuite, j’ai évolué vers l’accompagnement des adolescents, plus spécifiquement vers l’accessibilité à l’emploi. C’est dans ce cadre que j’ai décidé de suivre cette formation pour avoir un diplôme en adéquation avec mes fonctions.
Actuellement, je travaille pour l’association Autisme en Île-de-France, où nous accompagnons des adolescents porteurs d’autisme ou de troubles neuro-développementaux, principalement le TDAH. Je suis responsable de l'accompagnement des jeunes de 12 à 20 ans. Mon travail consiste à élaborer pour et avec les jeunes leur projet d’orientation, et à les accompagner vers une vie d’adulte le plus autonome possible.
Quelles sont vos missions actuelles ?
Mon champ d’intervention est principalement l’insertion professionnelle. Pour cela, j’organise des visites d’entreprises, d’établissements et de forums, et surtout des immersions dans des sociétés de droit commun, ou du secteur médico-social. Ces différentes actions permettent aux adolescents de découvrir des métiers, des formations et de mieux investir leur avenir. Au-delà de l’apprentissage de compétences techniques, il s’agit de développer et d’encourager l’autonomie, comme être plus à l‘aise dans les relations sociales, utiliser les transports, se familiariser avec les multiples situations du quotidien pour prendre confiance.
Je veille également à sensibiliser et former les partenaires au handicap et aux besoins d’accessibilité.
Et enfin, car c’est un domaine que j’apprécie tout particulièrement, je développe des projets culturels. Une vie épanouie et équilibrée, c’est aussi avoir accès aux loisirs, développer des centres d’intérêts, rencontrer de nouvelles personnes.
L’équipe, constituée d’intervenants éducatifs, de psychologues, d'assistants sociaux, de chefs de service, mène un travail de terrain très personnalisé, ciblé sur les compétences et les intérêts des jeunes. Ce cheminement s’opère toujours en étroite collaboration avec leur famille. L'objectif est de les accompagner de manière progressive, en prenant en compte leur situation particulière et la réalité du terrain.
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Ce que j’apprécie le plus, c'est la diversité des missions. Chaque jour est différent, il y a toujours de nouveaux défis à relever. Ce métier me permet aussi de transmettre ce que j’ai appris au fil des années, ce qui est très valorisant. Mon expérience de terrain dans l’autisme m’est indispensable. J’aime l’aspect humain de ce travail, la relation avec les jeunes, les familles et les équipes professionnelles. C’est un métier qui demande beaucoup d’écoute et une capacité à parfois se remettre en question. Un métier qui a évidemment du sens.
Quel est le plus grand challenge en tant que référente en insertion ?
Le plus grand défi est de trouver le bon équilibre dans l’inclusion. Il faut réussir à conjuguer les attentes des jeunes, s’inscrire dans une démarche d’apprentissage professionnel soutenante, sans perturber le fonctionnement de l’entreprise. Ce travail d’approche et de sensibilisation auprès des partenaires vient consolider les expériences.
Le second challenge est l’accompagnement des familles, et du chemin vers l’autonomie de leur enfant. On avance ensemble dans ce parcours, en construction. Certaines familles sont réticentes, d'autres ont des attentes très élevées, parfois trop éloignées de la réalité du jeune. Il faut savoir faire preuve de pédagogie, impulser des dynamiques tout en étant rassurant, constructif et respecter les choix de chacun.
Enfin, il y a la question de la prise de conscience du handicap. Il est parfois délicat d’amener les jeunes à accepter et à comprendre cette situation parfois contraignante ou stigmatisante tout en leur donnant la possibilité d’une vie "ordinaire". Ce n’est pas toujours facile, surtout à l’adolescence, une période où l’on construit son identité.
Quelles sont les qualités principales pour bien faire votre métier ?
Il faut avant tout de la patience et de la persévérance. Ce travail collectif est parfois long et complexe, il nécessite une bonne capacité à communiquer et à s’adapter aux différents interlocuteurs. Il faut aussi avoir une capacité d'analyse, être capable de prendre du recul pour mieux anticiper les besoins des jeunes et éviter certains obstacles. Mais surtout, il faut être attentif aux autres, être capable d'écouter et de s'ajuster en fonction des situations.
Pourquoi avez-vous choisi l'INSEI pour faire votre formation ?
La directrice de mon association connaissait ce cursus et m’en a parlé. Je cherchais une formation complète, pas juste un stage de quelques jours. J'avais besoin d’un programme solide qui me donne une véritable expertise. L'INSEI m’a semblé être le bon choix, car c’est une formation qui couvre un large éventail de sujets tout en étant reconnue. C'est aussi l’occasion de rencontrer des étudiants d’horizons différents, ce qui enrichit beaucoup l'expérience.
Qu’est-ce que votre formation à l’INSEI vous a apporté dans votre métier ?
Cette formation m’a apporté beaucoup de solidité, notamment sur le plan légal, ce que je ne connaissais pas bien avant. J'ai aussi appris à mieux comprendre des concepts comme l’autodétermination et l’accessibilité. Cette approche me permet de renforcer mes propos et d'accompagner les jeunes de manière plus structurée. C’est aussi l’occasion de sortir de mon domaine d’expertise, l’autisme, et de découvrir d’autres univers, comme le maintien en emploi des adultes en situation de handicap en entreprise.
Quel conseil donneriez-vous aux jeunes actuellement à l'INSEI ?
Je leur conseillerais de rester curieux, d’être ouverts à toutes les expériences et de ne pas se limiter dans sa pratique. Ne pas hésiter à se lancer dans des domaines variés, car il y a encore beaucoup à faire dans les secteurs de la culture, du sport, et du monde du travail en général. Enfin, je pense qu'il est important d'être toujours porté par une certaine fibre militante pour diffuser les bonnes pratiques, élargir le regard des personnes et défendre les droits des personnes en situation de handicap.
