Interview alumni : Fenel Bellegarde, directeur exécutif au Bureau du Secrétaire d’État en Haïti

Avec un parcours marqué par la communication, l’accessibilité et l’engagement pour les droits des personnes en situation de handicap, Fenel Bellegarde occupe aujourd’hui le poste de directeur exécutif au Bureau du Secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées en Haïti. Ancien étudiant de l’INSEI et cofondateur de l’Institut Haïtien de Langue des Signes, il revient sur son évolution professionnelle, sa vision de l’inclusion et l’importance de transformer les apprentissages en actions concrètes au service du terrain.
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Fenel Bellegarde, directeur exécutif au Bureau du Secrétaire d’État à l’Intégration des Personnes Handicapées en Haïti et Cofondateur de l’Institut Haïtien de Langue des Signes (IHLS).
J’ai d’abord étudié la communication sociale à la Faculté des Sciences Humaines de l’Université d’État d’Haïti. J’ai ensuite poursuivi mon parcours en France, à l’INS HEA, aujourd’hui INSEI, où j’ai obtenu un Master « Conseiller en accessibilité et accompagnement de publics à besoins particuliers ». En 2017, j’ai cofondé, avec Jean Evens Pierre et Jean Richard Dorismé, le premier institut d’enseignement de la langue des signes en Haïti : l’Institut Haïtien de Langue des Signes. Actuellement, je suis sur le point de finaliser un autre Master en Communication et Marketing à l’Université Mohamed Premier au Maroc.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?
Mon métier est très transversal. J’interviens sur plusieurs champs d’action : la supervision de différentes structures du bureau, le suivi des activités et projets, l’élaboration de rapports institutionnels et le reporting auprès du Secrétaire d’Etat.
Une grande partie de mon travail concerne aussi le management. Il faut coordonner les équipes, accompagner les projets, suivre les priorités et veiller à ce que les actions menées répondent aux besoins des personnes en situation de handicap.
Mon rôle consiste donc à faire le lien entre les orientations institutionnelles, les équipes de terrain et les réalités vécues par les personnes concernées.
Vous avez commencé comme agent de communication. Comment avez-vous évolué jusqu’à ce poste de direction ?
J’ai intégré le Bureau en 2010 comme agent de communication. Puis, progressivement, j’ai évolué dans mes responsabilités comme Responsable du Centre pour Inclusion et Chef du Service de Communication.
Le Master suivi à l’INSEI a été une étape importante dans mon parcours. Il m’a permis d’approfondir mes connaissances sur le handicap, l’accessibilité universelle et l’accompagnement des publics à besoins particuliers. Après cette formation, j’ai pu être promu coordinateur en accessibilité universelle, avant de devenir Directeur Exécutif.
J’ai donc gravi les échelons petit à petit. Aujourd’hui, j’occupe des fonctions de direction, tout en continuant à me former, notamment dans le domaine du marketing.
Quelles sont les qualités indispensables pour exercer ce type de poste ?
Il faut d’abord avoir une bonne connaissance générale du handicap, de l’accessibilité universelle et de l’accompagnement des personnes en situation de handicap.
Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi des compétences en management, savoir organiser le travail, gérer son temps, respecter les échéances et coordonner plusieurs dossiers en même temps. Il faut également une grande capacité d’écoute. Dans ce domaine, on ne peut pas travailler uniquement de manière technique ou administrative. Il faut comprendre les réalités des personnes, leurs besoins, leurs difficultés, mais aussi leurs ressources. Pour moi, la sensibilité au handicap est essentielle. Ce n’est pas seulement une compétence professionnelle, c’est aussi un engagement humain.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Ce que j’aime le plus, c’est le rapport humain. Être en relation avec les personnes, écouter ce qu’elles vivent, comprendre leurs réalités quotidiennes et essayer de contribuer à améliorer leur situation : c’est ce qui donne du sens à mon travail.
Dans mon métier, le contact humain est central. Il permet de ne jamais oublier que derrière les politiques publiques, les rapports ou les projets, il y a des personnes, des parcours et des vies concrètes.
Pourquoi avoir choisi de vous former à l’INSEI ?
J’ai choisi l’INSEI parce que je voulais approfondir mes connaissances sur le handicap. Étant moi-même une personne en situation de handicap, j’avais envie de mieux comprendre les dimensions juridiques, sociales, éducatives et institutionnelles liées à ce sujet. L’INSEI représentait pour moi un institut de référence dans le champ du handicap, de l’accessibilité et de l’éducation inclusive. Je voulais me former dans un établissement reconnu, capable de m’apporter des connaissances solides et des outils concrets.
Ce choix était aussi motivé par l’envie de rencontrer d’autres personnes, venues de différents pays, pour comprendre comment la question du handicap était abordée ailleurs. Haïti est une île, avec une réalité particulière. Étudier en France m’a permis d’échanger avec des étudiants et des professionnels venus de plusieurs territoires. J’ai pu découvrir d’autres pratiques, comparer les dispositifs et réfléchir à ce qui pouvait être adapté au contexte haïtien.
Cette expérience en France a-t-elle changé votre regard sur le handicap et l’inclusion ?
Oui, par exemple, en France, il existe un dispositif très structuré dans le champ de l’éducation spécialisée. Cela a permis de nombreuses avancées. Mais cela peut aussi rendre plus complexe le passage vers une logique pleinement inclusive, car les dispositifs existants sont déjà très installés.
Dans d’autres pays, comme Haïti ou certains pays d’Afrique, les dispositifs spécialisés sont parfois moins développés. Cela crée d’autres difficultés, mais cela peut aussi permettre de penser l’éducation inclusive autrement, en construisant directement des réponses plus inclusives. Cette expérience m’a permis de mieux comprendre les enjeux internationaux du handicap et de réfléchir à la manière d’adapter certaines pratiques au contexte haïtien.
Que vous a concrètement apporté la formation à l’INSEI ?
La formation m’a apporté des outils très concrets. Certains travaux réalisés pendant le Master me servent encore aujourd’hui dans mon activité professionnelle. À l’époque, c’étaient des devoirs, des exercices, des dossiers à rendre. Aujourd’hui, après les avoir modifiés et adaptés, certains sont devenus de véritables outils de travail.
Les cours, les conseils des enseignants, les supports transmis et les échanges avec les autres étudiants m’ont permis de construire une approche plus structurée de l’accessibilité universelle et de l’accompagnement des publics à besoins particuliers.
Dans mes fonctions actuelles, je réutilise ces apprentissages, je les adapte au terrain haïtien et j’essaie de les mettre en œuvre dans les projets que je coordonne.
C’est pour cela que je dis souvent aux étudiants qu’il ne faut pas négliger les travaux demandés pendant la formation. Sur le moment, on ne voit pas toujours leur utilité. Mais plus tard, sur le terrain, ils peuvent devenir très précieux.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants et futurs diplômés ?
Je leur conseillerais de prendre leur formation très au sérieux. Il faut accorder de l’importance aux cours, aux devoirs, aux notes, aux conseils des enseignants, aux outils transmis et aux échanges avec les camarades.
Un travail réalisé pendant la formation peut devenir, quelques années plus tard, un support professionnel. Une remarque d’un enseignant peut aider à mieux comprendre une situation de terrain. Une expérience partagée par un camarade peut inspirer une action dans son propre pays ou dans sa propre structure. La formation ne s’arrête donc pas à l’obtention du diplôme. Elle devient une ressource durable pour agir concrètement sur le terrain.
En une phrase, que retenez-vous de votre parcours ?
Je retiens que le handicap est à la fois un champ de compétences, un domaine d’engagement et une réalité humaine. Mon parcours m’a permis de transformer des apprentissages en actions concrètes au service de l’inclusion.
